Réflexion : Inclusion des athlètes transgenres dans le sport
- Marie-Lorraine Weiss
- il y a 17 heures
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Inclusion dans le sport: la petite Belgique, boussole d’un monde en quête de sens
Alors que les débats sur l’inclusion des athlètes transgenres agitent la scène sportive internationale, la Belgique, avec son pragmatisme teinté de surréalisme, choisit une voie claire : celle de l’accueil inconditionnel. Loin de vouloir donner des leçons, notre fédération d’apnée a simplement décidé que l’eau, cet élément qui nous unit, ne saurait être un lieu de division. Récit d’une réflexion qui, nous l’espérons, apportera un peu de sérénité dans un océan parfois agité.
Plongée en eaux profondes : plus qu’un sport, une philosophie
Avant de dérouler le fil de notre pensée, il est essentiel de rappeler ce qu’est l’apnée. Bien plus qu’une simple performance chronométrée, c’est une introspection, un dialogue silencieux avec soi-même et avec l’élément aquatique. C’est une discipline qui enseigne l’humilité, le contrôle et le respect. C’est dans cet esprit que notre fédération a abordé la question de l’inclusion : si l’apnée est une rencontre avec soi, qui sommes-nous pour invalider l’identité d’un athlète ?
La décision d’AIDA Belgium d’officialiser la participation des athlètes transgenres, en parfait accord avec le cadre légal européen, n’est donc pas un acte militant isolé. C’est l’extension logique de la philosophie même de notre sport. Alors que de nombreuses fédérations s’interrogent encore sur la faisabilité ou l’équité d’une telle mesure, nous avons choisi de refuser toute forme de discrimination et d’ouvrir nos lignes d’eau, sans réserve. Notre objectif est simple : rassurer, éclaircir et inspirer.
Décrypter les courants contraires : pourquoi ce débat est-il si vif ?
Pour comprendre l’importance de cette prise de position, il faut observer le contexte mondial. Depuis plusieurs années, nous assistons à une offensive coordonnée contre les droits des personnes LGBTQIA+, souvent menée sous une bannière fallacieuse : la “protection des femmes”.
Cet argument, brandi comme un bouclier, sert de prétexte pour attaquer ce que certains appellent la “théorie du genre”. En réalité, la véritable cible est toute remise en cause des rôles traditionnels, l’égalité femmes-hommes et, de manière particulièrement virulente, les droits des personnes transgenres.
Le sport est devenu, malgré lui, un champ de bataille culturel. On prétend vouloir “sauver” le sport féminin en excluant les femmes trans. Cet argumentaire sonne creux lorsqu’on constate le peu d’empressement de ses promoteurs à lutter pour l’égalité salariale, la médiatisation des sportives ou l’amélioration de leurs infrastructures. C’est une stratégie politique bien rodée : attaquer un groupe minoritaire et déjà stigmatisé pour faire reculer l’idée même que le genre puisse être autodéterminé.
L’illusion de la “vraie femme” : un piège pour toutes les femmes
Le cœur du problème réside dans cette tentative de définir ce qu’est une “vraie femme”. En acceptant qu’un État ou une fédération puisse s’arroger ce droit, on ouvre une boîte de Pandore. Aujourd’hui, on exclut les femmes trans. Demain, on contrôlera les corps de toutes les femmes cisgenres.
L’histoire du sport est jalonnée de ces dérives. Les tests de féminité, initialement conçus pour débusquer une fraude imaginaire, ont surtout servi à humilier et à exclure des athlètes jugées “trop masculines”, “trop musclées”, “trop performantes”. Ces dispositifs, qui relèvent d’une véritable “police des corps”, ont causé des dommages documentés : carrières brisées, atteintes à la dignité et traumatismes psychologiques.
À chaque fois que l’on a mis en place des systèmes pour “vérifier” le genre, ce sont les femmes, dans leur ensemble, qui en ont payé le prix.
La biologie, un océan de nuances, pas un interrupteur binaire
L’argumentaire exclusif repose souvent sur une vision simpliste de la biologie : XX pour une femme, XY pour un homme. Point. Or, la science nous enseigne une réalité bien plus complexe et nuancée. Les variations du développement sexuel (intersexuation) sont naturelles et loin d’être rares. Les grandes instances sportives ont d’ailleurs abandonné les tests chromosomiques universels dès les années 1990, reconnaissant leur faiblesse scientifique et leurs failles éthiques.
Vouloir protéger les femmes en traquant les “fausses femmes” est une illusion dangereuse. Protéger les droits des personnes trans, c’est au contraire verrouiller la porte à des mécanismes qui, historiquement, se sont toujours retournés contre toutes les femmes.
La voie belge : l’égalité ne se divise pas
Face à ce recul mondial, la décision de la Belgique est un contre-courant. C’est un geste politique fort qui affirme que les droits humains ne sont pas négociables. Nous refusons d’opposer les droits des femmes et ceux des personnes LGBTQIA+. Ils avancent ensemble ou reculent ensemble.
L’histoire des luttes sportives nous le rappelle : pour l’inclusion des femmes, des personnes de couleur ou en situation de handicap, les mêmes arguments ont été entendus. “Ce n’est pas juste”, “ça va dénaturer la compétition”. Aujourd’hui, la Belgique s’inscrit fièrement dans la lignée de ces avancées.
En ouvrant nos compétitions, nous ne faisons qu’appliquer le principe fondamental de notre discipline : la sérénité. Nous refusons que la peur et la désinformation dictent qui a le droit de plonger à nos côtés. En protégeant les personnes trans, nous protégeons en réalité toutes les femmes contre la police des corps. Une démarche qui, nous l’espérons, inspirera d’autres à faire le grand plongeon vers une inclusion apaisée et universelle. Après tout, comme le disait un célèbre philosophe de comptoir belge, une fois sous l’eau, nous sommes tous un peu bleus, et surtout, nous nous taisons. Et ça, ça met tout le monde d’accord.
éléments additionnels
Histoire
Transidentité et sport de haut-niveau




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