L’eau comme un miroir
« L’eau est un miroir. » Ces mots résonnent doucement, comme une vérité émergeant des profondeurs. Jeroen Van Haudt parle d’apnée avec la précision d’un professionnel de la santé, et la sensibilité de quelqu’un qui perçoit dans cette pratique bien plus qu’un simple sport. Entre missions internationales et engagement à domicile, il suit un chemin clair : protéger, éduquer, créer du lien.
Il sourit en citant Pierre Frolla : « Il y a deux sortes d’apnéistes : ceux qui urinent dans leur combi, et ceux qui mentent. » Une boutade qui illustre bien l’humilité requise dans une discipline où l’ego n’a pas sa place.
Qui est Jeroen ?
« Je m’appelle Jeroen Van Haudt, j’ai 51 ans. » Il travaille comme infirmier en soins intensifs à l’hôpital de Middelheim. Il exerce en libéral afin de conserver la flexibilité nécessaire pour voyager à l’étranger et honorer ses autres engagements. Cette année, il a rejoint AIDA Belgique en tant que Secrétaire. Sur le plan international, il est devenu le médecin de référence lors des Championnats du Monde.
Premières respirations
L’apnée est entrée dans sa vie en 2011, presque par hasard. Lors d’un séjour en Grèce pour des plongées sous-marines, son moniteur lui a proposé un exercice de nage en apnée entre deux bouteilles, avec des distances croissantes, et seulement trois respirations entre chaque. « Je me sentais vraiment à l’aise pour me concentrer… et lâcher prise face au stress de l’exercice. » Le moniteur lui a alors expliqué que l’apnée était un sport. Intrigué, Jeroen s’est renseigné sur Apnea Academy, a participé à des stages à Ibiza avec Umberto Pelizzari, et rapidement croisé la route des figures emblématiques de la discipline : William Trubridge, Alexey Molchanov, Pierre Frolla… Il poursuit sa formation AIDA 4 avec Aharon Solomon et Rik Rôsken, deux personnes qui l’aident à s’orienter.
Sous la surface
Cette première séance d’apnée dans le calme a été un tournant : « L’apnée m’a permis de me découvrir, et surtout de rencontrer une version de moi-même que je ne connaissais pas. » Il a hâte de partager cette transformation, mais toujours « en toute sécurité ».
Engagement discret, impact concret
Depuis 2019, Jeroen fait partie du Comité Exécutif des Championnats du monde AIDA. Il joue un rôle clé dans la coordination et la prise de décision, notamment en matière de sécurité : « Sécurité générale, mais aussi individuelle, pour chaque athlète. » Il contribue également aux travaux du Comité de Sécurité et du Comité de Formation, où il met à jour les manuels officiels d’AIDA, en particulier les sections médicales.
En Belgique, son engagement s’est concrétisé cette année par son rôle au sein d’AIDA Belgique. « J’ai accepté le poste de Secrétaire », explique-t-il simplement, « animé par le désir de renforcer les fondations locales ».
Son parcours en compétition a débuté en 2018 comme secouriste lors du Grand Prix Natalia Molchanova à Ibiza. L’année suivante, il occupe le poste de Directeur Exécutif à Nice. Depuis, il assure la sécurité lors d’événements AIDA, et a participé à des compétitions belges, notamment organisées par Andy Bühl.
Mais derrière cet engagement constant se cache une réalité rarement évoquée : « Aucun membre du Comité Exécutif des Championnats du Monde n’est rémunéré. » Après des années de bénévolat, il a décidé de fixer des limites : « Ça suffit ! ». Si les plongeurs de sécurité ont été indemnisés cette année, les secouristes sont, quant à eux, encore trop souvent exclus du budget. A présent, il choisit de s’investir lorsque les conditions sont équitables.
Maîtrise technique, humilité
Jeroen ne court pas après les records. « Je ne me concentre pas sur la performance », dit-il. Deux exploits restent néanmoins marquants : « 100 mètres sans palmes en piscine », après un week-end avec William Trubridge, et « 60 mètres avec masque et bi-palmes » en profondeur.
Son expertise est vaste : infirmier en soins intensifs, ancien ambulancier, sauveteur… Il est également instructeur et formateur d’instructeurs pour DAN (Divers Alert Network), où il dispense des formations variées : de la gestion des risques liés à la plongée, à l’oxygénothérapie, en passant par les premiers secours, l’évaluation neurologique, les dangers liés à la vie marine, et d’autres sujets avancés. « Je suis l’un des trois seuls instructeurs de techniciens médicaux en plongée pour DAN au monde », précise-t-il.
Au sein d’AIDA, il forme d’autres personnes au programme de secourisme d’urgence en apnée, et est également Master Instructor. Il a aussi fondé Baronaut ASBL, à Anvers, un club d’apnée et un centre de formation médicale.
L’apnée comme transformation intérieure et responsabilité objective
« Cela a vraiment changé ma vie, et en bien », confie-t-il. L’apnée l’a aidé à se réinventer. Il parle de « persévérance », d’« introspection » et de « développement personnel ». Il a arrêté de boire et de fumer. « Je suis devenu une version de moi-même que j’apprécie vraiment. » Mais il s’empresse d’ajouter : « Chacun trouve sa voie à sa manière. »
En matière de sécurité, il est direct : « Nous, les apnéistes, pratiquons notre sport au troisième niveau de risque de noyade. » Faisant référence à la classification en cinq niveaux de l’Organisation mondiale de la Santé, il souligne que l’apnée exige une formation approfondie pour être pratiquée « en toute sécurité ».
Une vision de l’apnée inclusive, ancrée en Belgique
« Rebâtir les fondations. » C’est ainsi qu’il résume sa vision de l’apnée en Belgique. Il constate que la communauté flamande s’est réduite au fil du temps. Son objectif : reconstruire une base solide et rassembler les gens.
« Je vais essayer de diffuser des modules de formation, comme le cours de secourisme médical et de sécurité, sous l’égide d’AIDA Belgium, afin de promouvoir une apnée plus sûre et de créer des occasions de passer du temps ensemble. »
Il prévoit des formats ouverts et largement médiatisés, accessibles à tous : des cours clairs, des journées d’apnée non compétitives et des sorties amicales à Rochefort, Vinkeveen… « Ouvert à tous », insiste-t-il.
Portrait rapide
- Mon mantra ou citation préférée : « Tu y es déjà. »
- Une personne qui m’inspire en apnée : Personne
- Mon site de plongée préféré : Lanzarote
- Musique avant la plongée : Aucune
- Un mot pour décrire ma relation avec l’eau : Miroir
Conclusion : Plonger en soi, plonger ensemble
Pour Jeroen, l’apnée est l’art de la découverte de soi, de la transformation et de la protection.
« Tu y es déjà. »
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